Le Vaisseau Fantôme, l’opéra qui a fondé la légende Wagnérienne

 

Richard Wagner a connu des débuts difficiles avant de devenir le maître de l’opéra romantique…

« La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots »  Richard Wagner (1813-1883)

 

Par Kélian Baptiste

Il serait faux de penser que dans l’histoire de la musique, Richard Wagner est mal considéré. Il est l’un des rares compositeurs à posséder encore aujourd’hui une immense communauté de fans, qu’on appelle les Wagnériens. Ses descendants sont d’ailleurs encore actifs aujourd’hui dans ses affaires : son festival de Bayreuth, créé en 1876 est toujours d’actualité, jouant chaque été ses opéras. Wagner est sans doute le compositeur mort restant le plus vivant aux yeux du monde et des mélomanes.

Mais pourquoi ? Pourquoi Wagner possède t-il encore toute cette actualité ? Pourquoi Wagner est-il encore si estimé aux yeux du monde, là où d’anciens géants se sont écroulés (Alkan, Koechlin, Glinka…) et surtout pourquoi sa musique et, par extension, ses opéras, sont-ils considérés comme à la pointe de l’art ? Quelques explications s’imposent…

En 1840, Richard Wagner n’a pas encore 30 ans. Il compose ses premiers opéras qui remportent de timides succès. Ceux-ci sont beaucoup trop largement inspirés par ses maîtres à penser comme Mayerbeer ou Weber, mais surtout leurs livrets sont écrits par d’autres. Après avoir achevé la composition de Rienzi, le dernier des Tribuns (1840) Wagner décide avec sa femme de l’époque (car il a connu plusieurs mariages) de revenir d’un long exil qu’ils avaient subi pour des raisons financières. Durant cet exil, le couple Wagner avait été pris dans une grande tempête alors qu’ils étaient sur un bateau à destination de la France. Cette tempête marqua profondément Wagner, faisant naître en lui l’inspiration et surtout l’innovante idée d’écrire ses propres livrets. Fini le temps de demander grâce au librettistes, Wagner voulait être libre de ses textes, afin de les porter de la plus juste des musiques. C’est ainsi que Le Vaisseau Fantôme fut mis en branle.

C’est en 1841 que le livret du Vaisseau Fantôme est finalisé. Notre nouveau librettiste est satisfait et a le moral haut grâce à ce talent d’écrivain qu’il se découvre. C’est d’après les Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski d’Heinrich Heine que Wagner tire son histoire, qui est celle d’un hollandais pris d’une malédiction cherchant la rédemption afin de trouver l’amour promis. Le livret écrit, Wagner n’a plus qu’à écrire la musique, qu’il achève en seulement 7 semaines… Et quelle musique. Le figuralisme est roi, l’orchestre bipôle tantôt d’une colère et d’une énergie folle, tantôt d’une délicatesse et d’une douceur divine. Les chœurs sont justes, les solistes envoûtants, c’est un miracle qui semble être apparût sur la partition du jeune Wagner. C’est grâce à sa nouvelle liberté d’écriture littéraire qu’il a pu s’épanouir musicalement et inclure toutes ses innovations à ce conte marin mis en musique.

Leitmotiv, c’est ainsi qu’il appelle cette nouvelle manière de représenter un personnage, un objet, une situation au travers de la musique. « Leit » signifie Conduire, et « Motiv », motif (habile). Ce procédé existait pourtant depuis quelques années. Nous pouvons le repérer par exemple chez Hector Berlioz, dans sa Symphonie Fantastique (procédé qu’il nomme alors « idée fixe ») ou encore chez Mayerbeer, que Wagner a toujours eu en grande estime, qu’on a pu retrouver cet idée de «Leitmotiv» dans ses opéras. Evidemment, nous pouvons retrouver ce procédé chez les compositeurs romantiques de ce début de siècle, mais c’est Wagner qui en mesurera tout le réel potentiel en mettant les leitmotiv à la même échelle que les personnages, comme des avatars mélodiques.

 

Le Vaisseau Fantôme deviendra le premier immense succès de Richard Wagner, à tel point qu’il est considéré aujourd’hui par de nombreux musicologues comme le premier opéra important et mature de son catalogue. Quelques années plus tard, en 1845, Wagner présente Tannhaüser aux habitants de Dresde, et c’est ici que débute la réelle célébrité du compositeur. Lohengrin en 1850, Tristan et Isolde en 1865, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg en 1868 …
Après Le Vaisseau Fantôme, Wagner écrit lui-même ses livrets, compose la musique, met en scène, dirige ses acteurs, ses musiciens, dessine ses scènes. Il devient un véritable « rouleau compresseur » artiste, qui éclipse tout autre compositeur allemand d’opéra de son époque. La seule concurrence viendra d’Italie, avec Giuseppe Verdi, comme un retour aux sources de l’opéra à ses origines italiennes.

Wagner meurt le 13 février 1883. Le lendemain, tous les compositeurs se réveillent avec une « gueule de bois ». Claude Debussy s’exclame : « que faire après Wagner ? ».

Ce génie a tout composé, a poussé le système tonal à ses retranchements, a lustré les formes musicales à un tel point que tout ce qui est composé ensuite devient fade et sans intérêt. L’opéra est devenu ce qu’il a toujours voulu qu’il devienne, une dramaturgie sacrée, qui n’a qu’un nom, et qu’un visage, celui de Richard Wagner.

Kélian Baptiste

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